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Lutin Bleu - Mars 2008

A l'occasion de la sortie de leur album Traverse dans les clous et surtout de leur concert du 28 mars au Summum, nous avons rencontré Ludo bassiste des Lutin Bleu pour une interview fleuve (à Under-Gre on prend pas les lecteurs pour des feignasses!) dans laquelle on parlera politique culturelle, engagement citoyen, abnégation à la cause rock'n roll, scrap booking, et peut être même un peu musique.

Est-ce que tu peux présenter le groupe, sa formation, ses influences pour ceux qui ne connaitraient pas encore les Lutin Bleu ?
J'ai commencé le groupe en 1987, je venais de m'acheter une basse et je me disais que je voulais faire du rock'n roll, faire du bruit. On était en plein dans le boom de l'alterno français et nous on était complètement dans cette vague là. Ensuite il y a eu pas mal de hauts et de bas entre les études de chacun et le groupe a pas forcément existé tout le temps mais on peut dire qu'à partir de 1993, les choses un peu plus sérieuses ont commencé. Dès le départ on voulait pas s'enfermer dans un style, on était influencé par l'alterno, le punk mais on se fait rapidement chier dans un un style donc on était influencé par pleins de trucs différents.

Est-ce que depuis le début du groupe il y a beaucoup de choses qui ont changé pour les Lutin Bleu, que ce soit les buts, la façon de faire de la musique...
Comme dans beaucoup de groupes il y a déjà pas mal de personnes qui ont changé, des gens qui rentrent, qui sortent. Sur les influences dès le début c'était déjà le bordel entre ceux qui aimaient que le punk, ceux qui aimaient le métal donc ça ça a pas beaucoup changé même si on se retrouve toujours sur les mêmes choses. Quand tu commences tu as pas non plus de gros objectifs, tu veux jouer donc ton seul but c'est de trouver un local pour répéter. Ensuite tu veux quand même faire des concerts donc on a commencé à s'organiser avec une copine qui s'occupait plutôt du management, on s'est acheté un camion donc on a créé une assoc'. A partir de 1994 on est aussi rentré dans le système de l'intermittence donc on s'est aussi organisé par rapport à ça... Finalement on a fait les choses de façon assez naturelle et on s'est structuré petit à petit mais sans forcément suivre un plan réfléchi au départ. Je pense de toutes façons qu'en faisant ce qu'on fait, si on avait du se poser des questions à un moment ça ferait un bout de temps que l'on se serait arrêter.

De par l'ancienneté du groupe sur l'agglo, quelle est votre impression sur l'évolution de la scène grenobloise depuis ces 15 dernières années ?
On a surtout vu arriver de plus en plus de groupes avec tout de suite un bon niveau très jeune ce qui nous inquiète même un peu, il va falloir qu'on sabote 2 ou 3 concerts (rires)! Le niveau a vraiment augmenté et puis les groupes se sont « structurés » et « professionalisés » (les guillemets ont été mis à la demande express de Ludo, je me plie humblement aux exigences du Grand Lutin Bleu!)  ce qui fait que c'est devenu très organisé par rapport à ce que l'on a pu connaître au début. D'ailleurs par rapport à ça je pense qu'il faudrait peut-être s'interroger pour savoir si on y a pas un peu perdu. Si on s'est pas un peu éloigné de l'essence des choses et de ce pour quoi les gens montent des groupes. J'ai l'impression que maintenant quand on monte un projet musical, on pense premièrement à l'intermittence, deuxièmement à la structuration et troisièmement au tourning et qu'on oublie un peu parfois d'aller jouer! J'ai peur que par rapport à tout ça il y ait à un moment un retour de bâton que peut-être on est justement en train de vivre. A force de vouloir professionnaliser tout le monde grâce au système de l'intermittence et des financements publics, on a monté une bulle un peu creuse. Actuellement, le financement public se tarit un peu et on voit de nombreux groupes qui sont aux abois et tout un système un peu érodé par la base qui est dans la merde professionnelle. On a tous voulu être professionnel et aller manger dans la cour des grands et maintenant que l'on nous coupe les vivres c'est un peu compliqué. Le problème c'est de savoir comment on s'organise et qu'est-ce que l'on fait pour pouvoir continuer... Moi j'ai pas la réponse mais je m'interroge sur tout ça.

Par rapport aux textes des chansons il y a souvent une teinte politique mais traitée par le biais de l'humour. Est-ce que c'est parce que la politique est trop peu sérieuse pour la traiter sérieusement, parce que vous avez l'impression que ça passe mieux comme ça ou parce que vous voulez pas non plus trop vous prendre au sérieux ?
Un peu des 3 je pense! Dire que la politique c'est pas sérieux ça fait pas très sérieux (rires) mais quand on voit ce qui se passe actuellement avec les élections municipales (l'interview a été faite le week-end du second tour ndr) je trouve que ça fait pas sérieux du tout! Moi j'ai été militant politique pendant assez longtemps donc c'est certainement pour ça que ça se retrouve dans les textes. L'humour je pense que c'est par rejet d'un certain prosélytisme à la papa ou comme les curés. Je supporte pas qu'on me dise ce que je dois faire donc je le fais pas subir non plus aux autres. Je l'ai fait une fois dans le morceau « Anna Chérie », je l'avais imaginé comme une manifestation avec tous les slogans et les excès que ça peut comporter. Au début le morceau devait même s'appeler directement Anarchie mais les copains m'ont dit que j'allais un peu loin et j'ai un peu rectifié. Après l'humour fait passer plein de choses et je pense que c'est plus intelligent d'essayer de faire réagir les gens plutôt que de leur dire ce qu'ils doivent penser. Pour prendre une image, notre façon de faire de la politique dans une chanson c'est d'aller à la pêche sans mettre de vers au bout de l'hameçon! (rires)

Est-ce que le côté fait à la maison des albums reste une nécessité financière ou le respect d'une certaine éthique ?
C'est pas vraiment un parti pris engagé, si on nous offrait le fric pour aller enregistrer à Abbey Road c'est sûr que l'on irait (rires). Par contre c'est vrai que tous nos disques ont été fait par Fish notre ingé son, principalement parce qu'il fait du bon boulot, parce qu'on est assez fidèle et qu'avec lui on travaille bien... C'est un peu le 5° Beatles des Lutins Bleus! Le parti pris il serait peut-être plutôt de dire qu'actuellement c'est un peu con de dépenser un fric pas possible pour faire une pochette, une vidéo, un album alors que tous les outils sont à disposition et utilisables par n'importe qui du moment qu'il s'y connait. Par contre il y a tout de même une nécessité qui vient du fait qu'on a pas non plus énorme de moyens et comme on est trop timide pour aller demander aux gens de faire des trucs gratuitement on le fait nous même! On a tout de même conscience qu'au final si on veut franchir une étape vers la « professionalisation » (re-guillemet par re-demande du chef) c'est peut-être pas non plus le meilleur moyen...

Quelle est la place par rapport à votre musique du live ?
C'est le moteur principal qui était là au tout début quand j'ai commencé et qui reste l'élément principal. Ecrire des chansons ça me fait chier, enregistrer les albums ça me fait chier, en fait j'attends qu'une chose c'est que l'album sorte et que l'on nous propose des concerts! (rires) Je pense que c'est là en plus où on est le plus fort et en plus je suis même pas sûr que l'on soit très bon dans la partie studio donc les concerts c'est le principal.

Est-ce que il y a pas tout de même une lassitude au bout d'un moment justement de tourner et pas forcément dans les meilleures conditions ?
Sincèrement je pense qu'on est toujours aussi impatient et content de faire un concert quel qu'il soit. Depuis le temps qu'on fait ça on arrive encore à essayer de s'étonner nous mêmes en se créant des difficultés quitte à essayer des trucs dont on sait pertinemment que ça va foirer. On veut pas tomber dans la facilité et par rapport à ça on a réussi à garder un peu notre âme d'enfant et j'en suis assez fier... Après les meilleurs souvenirs de concerts ça peut autant être un super festival parce que t'as rencontré une super équipe ou que le public était vraiment dedans qu'un bar sordide parce que tu rencontre une tranche de vie vraiment à part. Rien que pour ça faire ce métier c'est cool.

Est-ce que pour les concerts sur Grenoble vous essayez toujours de préparer des choses spéciales comme pour créer un événement quand vous êtes ici ?
Créer un événement pour chaque concert c'est pas vraiment possible mais c'est vrai qu'à Grenoble on a plus de facilités et de temps pour imaginer des choses originales. Pour le concert au Summum d'il y a quelques années, on avait sorti une parodie du Petit Bulletin qui s'appelait « Le Petit Lutin » et on avait été assez fier de ça! Pour le concert du 28 on va essayer de faire plus basique ce coup ci, de revenir aux fondamentaux. En fait ça revient toujours à cette idée qu'à notre niveau vouloir faire Bercy à chaque fois y'a un côté un peu vain donc on va revenir à un truc plus rock!.

Sur le précédent album on retrouvait une grande variété de styles qui donnait même un côté assez bordélique à l'ensemble... Quelle était la volonté derrière ce principe et est-ce que l'album qui vient de sortir reprend le principe ?
Comme souvent avec les Lutins y'a pas forcément un sens derrière chaque chose, c'est juste qu'on est comme ça. On s'emmerde rapidement et on aime pleins de trucs donc on avait fait pleins de styles différents sur l'album. Sur le dernier disque on a voulu revenir sur un truc plus cohérent dans les styles et même le traitement du son, plus rock... Après y'a pleins de gens qui avaient apprécié ce côté un peu dans tous les sens, qui avaient trouvé ça amusant et qui nous disent que là c'est un peu moins fun ! On écoute pleins de trucs différents, pleins de styles qui nous font triper, dans chacun sans exception y'a beaucoup de merde mais on essaye à chaque fois pour voir si on est capable de le faire aussi...

Est-ce que cette envie de tester pleins de choses trouve une finalité dans d'autres projets ?
On fait effectivement tous d'autres trucs à côté. Yo est dans deux autres groupes dont Les Reagan's avec un bassiste chanteur américain un peu à la Primus. On a monté aussi un petit groupe de reprises des B52's qui s'appelle les B38's. Fredo il fait des arrangements et il bosse avec un chanteur actuellement. Fish notre ingé son bosse aussi sur d'autres projets. Cette année c'est peut-être celle où on a le plus fait de projets annexes mais on a aussi besoin de se reconcentrer sur les Lutins Bleus parce que ça use quand même de l'énergie.

Est-ce que vous vous sentez investi d'un devoir par rapport à votre participation à certains projets avec des associations ou pour certaines causes ?
Rien du tout allez tous vous faire f..... (rires). Je pense qu'on est comme tout le monde, quand les mecs sont sympas et qu'ils nous demandent des trucs dans la mesure de ce qu'on peut faire on hésite pas. Après on fait pas chier les autres avec du prosélytisme donc on se garde le droit quand même de faire ce qu'on veut et de soutenir qui on veut même si des fois c'est pas les décisions les plus heureuses!

Est-ce qu'il reste encore des choses qui vous restent à faire ou des choses qui vous tiennent à cœur ?
Je pense qu'on essaye de prendre ce qui arrive mais c'est vrai qu'on a des choses qu'on voudrait développer. Pendant longtemps on a joué qu'en France et là on a trouvé un petit réseau qui nous trouve des dates en Allemagne donc on les lâche pas et ça se passe bien. On aimerait bien renouveler ça sur d'autres pays...

Dernière question traditionnelle concernant la scène grenobloise, les groupes que vous appréciez et votre impression sur la scène rock de l'agglo ?
Je sais qu'il y a pleins de trucs que j'adore mais souvent je suis bloqué et y'a rien qui me vient à l'esprit. Ortie ça serait pas bien honnête parce qu'ils font notre première partie et que c'est des potes. On attend avec impatience de voir ce que ça va donner au Summum. Ce sont des mecs qui ont un super état d'esprit et avec qui on s'entend vraiment très bien depuis plusieurs années même si on est pas forcément dans le même style musical... Sinon j'aime bien l'espèce de retour aux sources qu'il y a eu ces derniers temps avec par exemple les Firecrackers. Ce serait peut-être plus sur les lieux que j'aurai un coup de cœur avec la Bobine que je commence à pas mal fréquenter. Je trouve que c'est un endroit magique avec une super ambiance. Je me souviens que quand j'étais ado j'allais voir des concerts à « La Zone Interdite » et que c'est ça qui m'avait donné envie de faire de la musique. Je retrouve un peu le même type d'ambiance là bas. J'espère juste qu'ils vont arriver à transférer cet état d'esprit dans le nouveau lieu. Après y'a d'autres lieux où vraiment il faut pas aller parce qu'ils ont vraiment tout faux . Je veux bien qu'il y ait une pénurie de lieux pour jouer sur Grenoble mais là c'est vraiment pas possible ! (pour plus d'infos voir le site des Lutins où Ludo affine son coup de gueule contre un certain pub dont je tairai chastement le nom ici...)

Merci à Ludo pour l'interview et le bon moment passé et à la Nat' pour la petite salle du haut tranquille !

Liens
Site web du Lutin Bleu
Lutin Bleu sur myspace

Par willow, le 30/03/08 à 20:21

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